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La mémoire cellulaire

Quelques années après avoir annoncé sa séropositivité, Charlotte Valandrey publie De coeur inconnu. Elle aborde son expérience de mémoire cellulaire. 

 

 

 

       A lire ci-dessous un extrait  de l'article de.l'express.fr  

       Par Claire Chartier, publié le 17/09/2011 à 10:00

 

Puis vous arrive cette histoire incroyable...

Au début, je n'étais pas très chaude pour la raconter dans un livre, mais des amis m'ont convaincue. C'est une belle histoire, finalement. Tout a commencé par un cauchemar récurrent, deux ans après ma greffe. J'étais dans une voiture, j'avais un accident, des phares m'aveuglaient, la pluie battait mon pare-brise; je sentais que ce n'était pas moi qui conduisais, je portais une bague qui n'était pas la mienne. Mes goûts ont changé. Moi qui n'aimais pas du tout le vin, je me suis mise à en déguster avec plaisir ; idem avec le baba au rhum ou la tarte au citron. Ma psy me disait que de tels rêves n'avaient rien d'étonnant après une opération comme la mienne, car le coeur est un organe vital particulier, c'est le seul que l'on puisse ressentir. Après avoir fait six ou sept fois le même cauchemar, je me suis tout de même posé des questions. Puis je suis partie en Inde, un pays où je n'avais jamais mis les pieds. Là-bas, j'ai éprouvé des sensations de déjà-vu intenses. En visitant le Taj Mahal, j'ai eu la certitude d'être déjà venue là avec quelqu'un; c'était un grand moment de bonheur, j'étais amoureuse. J'ai affirmé à l'amie qui m'accompagnait qu'au bout du Taj Mahal coulait un fleuve, invisible depuis l'entrée. Et en effet, le fleuve était là. 

En surfant sur Internet, vous mettez un nom sur ce que vous vivez: la "mémoire cellulaire". De quoi s'agit-il, au juste?

C'est un phénomène que décrivent plusieurs greffés du coeur: l'expérience de moments vécus ou de traumatismes qui ne nous appartiennent pas. Comme le dit le Pr Gérard Helft dans la préface de mon livre, ces manifestations, qui n'ont pas été prouvées en tant que telles par la science, amènent à s'interroger sur le passage de témoin entre celui qui donne et celui qui reçoit. De fait, on a découvert assez récemment que les neuropeptides - de petites protéines - se trouvent non seulement dans le cerveau, comme on le croyait jusque-là, mais aussi dans tout le corps. Ces neuropeptides, d'après ce que je sais, sont des "émetteurs" de messages qui permettraient le stockage d'informations dans nos cellules, concernant notamment les particularités de notre personnalité ou le souvenir d'un choc. Les neuropeptides du coeur et d'autres organes vitaux pourraient communiquer avec ceux du cerveau, comme en mode Wi-Fi. Aux Etats-Unis, une femme a rêvé du nom et du prénom de son donneur; une petite fille, de la scène durant laquelle son donneur a été assassiné... 

Un homme anonyme m'assure que je porte le coeur de sa femme disparue 

Pendant cette période, vous recevez aussi d'étranges courriers...

Trois lettres, au total, écrites par un homme anonyme qui m'assure que je porte le coeur de sa femme disparue et qui s'adresse à elle à travers moi. Il me dit que son épouse est morte à Paris dans un accident de voiture dans la nuit du 3 au 4 novembre 2003, quelques heures avant ma greffe à l'hôpital "X". Je suis très troublée, d'autant que je sais, grâce à un mot lâché imprudemment par un médecin qui s'est occupé de moi, qu'un greffon a été prélevé sur une femme dans ce même hôpital Saint-Paul, deux heures avant mon opération. Qui plus est, mon amie Lili m'apporte une coupure de presse qui évoque justement la mort accidentelle d'une jeune femme place de la Nation, à Paris, cette nuit-là. Alors, je me dis : "OK, je vais essayer de trouver mon donneur, c'est la seule façon de me libérer de mes cauchemars." Je me rends au commissariat de la place de la Nation, puis je prends rendez-vous avec le directeur de l'hôpital où j'ai été greffée, qui ne veut rien me dire, puisque la loi de bioéthique de 2004 impose le secret total. Il m'explique, en revanche, que mon greffon peut provenir de n'importe qui et que, quand bien même un coeur aurait été prélevé dans le même hôpital que le mien, il pourrait avoir été greffé sur quelqu'un d'autre, loin de Paris.  

Nous voilà au printemps 2007. Un inconnu vous aborde au théâtre où vous jouez La Mémoire de l'eau, après avoir assisté à une dizaine de représentations. Et puis ?

Il s'appelle Yann, se dit divorcé. Nous tombons amoureux. Tout se passe très bien, jusqu'au jour où, un an plus tard, me trouvant seule chez lui, j'ouvre son secrétaire, poussée par une intuition. Là, je tombe sur un dossier, avec un certificat de décès de l'hôpital "X" et un article de journal mentionnant l'accident de la place de la Nation ; je comprends alors que Yann est le mari de la jeune femme morte ce soir-là. J'ai pu le vérifier ensuite, grâce à une infirmière de l'hôpital avec laquelle j'avais sympathisé et qui, juste avant de partir à la retraite, a accepté de regarder pour moi l'identité de la personne dont le coeur avait été prélevé cette nuit-là. Il s'agissait de la même femme. 

Les lettres, c'était Yann aussi?

Je pense que oui, bien qu'il m'ait laissé entendre le contraire. La date de ma greffe était mentionnée dans L'Amour dans le sang. Yann a lu une interview, il a fait le rapprochement avec moi. Lorsque j'ai découvert la vérité, j'ai pris une énorme claque. Cette histoire n'est certainement pas pour rien dans le troisième infarctus qui m'est tombé dessus peu après et dont je me suis heureusement très bien remise. 

Aujourd'hui, comment comprenez-vous cette histoire?

Même si je ne porte pas le coeur de cette femme, ce n'est pas grave, parce que j'ai décidé, moi, que tous les indices convergeaient. Ça m'arrange : c'était quelqu'un de bien ; médecin dans l'humanitaire, elle vivait une très belle histoire d'amour.  

extrait de l'express.fr -  Par Claire Chartier, publié le 17/09/2011 à 10:00

Pour lire entièrement cet article sur l'express cliquer ici link

 

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